On achève bien les chômeurs

Cartouche chasseur

C’est dans une rue encore déserte, dès potron-minet, que nous avons retrouvé Jean-Pacôme De La Rochegourde-En-Mouise et ses amis. Grâce à Macron et ses dernières mesures annoncées, ces nantis quelque peu obséquieux ont trouvé de quoi s’adonner à leur nouveau loisir avec délectation : la chasse aux chômeurs.
Alors, comment approche-t-on la « feignasse » sans l’effaroucher, comment lui fait-on manger de la radiation avec une bonne vieille pétoire ? On vous dit tout !

La cynégétique c’est génétique

Ayant eu des ancêtres qui ont participé aux grandes chasses du Roy, Jean-Pacôme (JP De La REM pour les intimes) a l’impression de « renouer avec une tradition ancestrale », comme il nous l’a confessé les larmes aux yeux :

– Vous n’imaginez pas l’exaltation qui nous traverse lorsque nous œuvrons pour la justice en s’attaquant à la fraude à l’emploi
– Qu’est-ce que ce serait si vous vous attaquiez à la fraude et l’évasion fiscale qui sont 500 fois plus importantes…
– Mais de quoi vous parlez malheureux ! Allons, allons, vous n’allez pas nous gâcher notre plaisir avec vos broutilles de gauchiste.

Selon JP, les meilleurs rabatteurs se trouvent à Pôle Emploi : « On les gave avec 300 dossiers chacun, du management bien chiadé qui leur demande de passer des entretiens speed au forceps : les gens sortent de leur bureau en étant plus abattus qu’en y entrant ».
Pourtant, l’équation reste d’une simplicité affligeante quand on prend la peine d’y réfléchir un instant : il suffit juste de faire rentrer plus de 6 millions de chômeurs dans moins de 150 000 postes vacants. À ce compte là, même un insoumis bouché à l’émeri comme Thomas Guénolé serait capable de comprendre que le plein emploi est pour demain !

En contrepartie, pour nos valeureux chasseurs, cela reste un loisir qui demande de l’investissement. Il faut d’ailleurs appâter aux formations ubuesques (passage obligé pour enrichir ses amis dans le privé et baisser artificiellement les statistiques) ou aux CDI de projet par exemple, une autre grande avancée sociale de la flexibilité (merci qui ?).

Qui va à la chasse perd sa place…

Vient le temps où les chasseurs-marcheurs, fiers comme si l’un d’entre eux venait de découvrir la formule de l’eau tiède, s’empressent de nous faire une démonstration de leur appeau fétiche auquel ce gibier naïf se laisse berner systématiquement : « Bouuuulot, boulot, boulot, boulot… Bouuuuuulot ! ».

La proie est encore sous le stress de son entretien, affamée et psychologiquement fragile, elle ne résiste pas à l’appel subtil. Dans un premier temps, elle se laisse proposer un poste à Pétaouchnok avec des horaires décalés, ayant un vague rapport avec son expérience et en amputant allègrement le niveau financier de son ancien salaire.
Et puis non, dans un sursaut d’orgueil, elle retrouve une flamme de dignité et refuse poliment mais fermement d’être traitée comme une moins que rien. Erreur fatale, c’est la curée : un tel refus est légitimement tarifé à 2 mois de radiation pure et simple, histoire de prendre du plomb dans la cervelle, au propre comme au figuré.

Après cette belle prise qui rejoindra le tableau de chasse de ces « amis de toujours », JP rappelle sa meute de chiens dont les noms ne semblent pas avoir été choisis au hasard :

– Béefhem au pied !
– Elcéhi vient ici !
– Céniouze va chercher !

JP nous confie qu’il a de l’affection pour ces boules de poils serviles : ils lui coûtent une blinde mais ils n’ont pas leur pareil pour hypnotiser la piétaille. C’est un retour sur investissement exceptionnel : ils arrivent même à faire en sorte que beaucoup de ces humains votent pour continuer à aggraver leur situation tout en pensant s’en sortir. Merveilles de la nature…

Quand de surcroît on sait que notre président souhaiterait remettre au goût du jour la chasse à courre et les chasses présidentielles, nul doute que de continuer à brosser les chasseurs dans le sens du poil lui apportera un électorat solide et reconnaissant. D’ailleurs, l’initiative des « chasseurs vigilants », main dans la main avec la gendarmerie, nous rassure sur l’implication de leur communauté pour pallier au manque d’effectif de la maréchaussée. Il eût été dommage d’embaucher des forces de l’ordre supplémentaires en ces temps de saine austérité…

Alors certes, les nouvelles mesures qui vont être mises en place peuvent paraître très légèrement anti-sociales du point de vue populaire. Mais cela créera bien de l’emploi pour les 400 nouveaux contrôleurs qui vont être chargés de fliquer ces chômeurs (au cas où ils n’auraient pas compris que ce qui leur arrive est de leur faute).
Pour Macron, ce n’est finalement qu’une juste compensation après le geste fort de sa promesse presque tenue (à 90% près) vis à vis des démissionnaires.

Tremblez pauvres prolétaires réduits à l’inactivité, anciens fonctionnaires jetés en pâture à l’économie de marché, jeunes diplômés débarquant sans débouchés et jeunes cinquantenaires ayant déjà dépassé la date de péremption :

LA CHASSE EST OUVERTE !

Faites tourner la désinfo!
A propos de Patrick Couenne 16 Articles
Animateur radio sur RTL, puis sur France Inter, puis sur Europe 1, puis sur France Inter et de retour sur Europe1. Chroniqueur dans l'émission "C à vous", je suis l'initiateur glorieux de la polémique sur l'ALBA pendant la campagne présidentielle 2017. Grâce à mes interventions d'une neutralité exemplaire et ma conscience professionnelle m'incitant à reprendre tous mes interlocuteurs qui diffamaient la France Insoumise, j'ai contribué activement à l'élection de Jean-Luc Mélenchon au poste suprême. J'attends toujours ses remerciements...

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