Grande braderie du patrimoine : Tout doit disparaître !

Suite aux choix budgétaires audacieux du gouvernement, le ministère de la Culture cherche des solutions de financement pour entretenir le patrimoine français. Alors, pourquoi ne pas organiser une grande braderie pour se débarrasser de toutes ces vieilleries qui nous encombrent et nous coûtent un bras. Là-dessus, Françoise Nyssen débarque avec une idée lumineuse : proposer une loterie et même mieux : un jeu à gratter !

S’il est une évidence, c’est que les ultra-riches favorisés par la politique actuelle vont intégralement reverser leurs avantages dans l’investissement et la création d’emploi : ils l’ont toujours fait, nous ne voyons aucune raison que ce ne soit pas à nouveau le cas. Par contre, la théorie du ruissellement peine à se révéler efficace dans le domaine de l’art.

Jusqu’ici ce domaine trouvait des acquéreurs friands d’une bonne excuse pour profiter d’une niche fiscale en s’extasiant devant des croûtes ou des « bitoniaux flingueurs » estimés à prix d’or. Et lorsqu’on s’intéresse à l’art contemporain, nous touchons là au sublime de ce mécanisme absolument inoffensif sur l’utilisation appropriée de nos impôts, toujours dans l’intérêt général :

Même de grands artistes comme Dalí avaient flairé le business qui consistait à vendre sa signature plutôt que de passer du temps à créer une œuvre complète.

Mais nous en sommes à un stade d’austérité où même la Culture doit faire les fonds de tiroir pour rafistoler tant bien que mal son patrimoine. Et c’est là que les idées de génie se mettent à fuser…

Paye ton patrimoine !

Il serait question d’une loterie « De l’avoine pour le patrimoine ! » avec un visuel de « Jojo le cheval » (tel « Dédé le cochon ») qui sera accoudé sur le Panthéon avec un brin de paille à la gueule et un sourire goguenard. Tout cela restera d’un excellent goût d’ailleurs puisque sa réalisation sera confiée au graphiste des tweets de notre bien-aimé président qui a su faire preuve de sa compétence en la matière.
Reste à décider quel sera le lot du gagnant. Il se murmure qu’un repas en tête à tête avec Stéphane Bern serait une option : ce préposé royal au tirage est déjà très impliqué dans le merchandising culturel de nos cathédrales. Son arrivée dans l’équation, risque bel et bien de déchaîner les foules !

En ce qui concerne le jeu à gratter, le nom n’est pas encore décidé mais le principe est déjà bien avancé :
3 Mont St-Michel révélés ? Tu gagnes un autre ticket à gratter !
Avec une publicité engageante ayant pour slogan : « Si tu mets pas assez de thunes, on désosse la Tour Eiffel ! ».

Tour Eiffel
Qui a monté ce Meccano immonde au beau milieu de Paris ?!

Agnès Buzyn est elle aussi impactée par les coupes budgétaires et, jalouse de l’idée de sa collègue, serait très intéressée pour l’appliquer dans le domaine hospitalier.
Pour aller encore plus loin dans le pathos, elle envisagerait de mettre en avant la photo de René, un octogénaire fripé au regard de Droopy qui squatte ostensiblement un lit depuis plus d’une semaine. Ira-t-elle jusqu’à recopier le slogan « Si tu mets pas assez de thunes, on désosse René ! » ?
Voilà bien le seul mystère qui restera, tant il semble désormais alléchant de répercuter cette « gaming-mania » dans tous les ministères.

Certains détracteurs pénibles verraient d’ailleurs cette tendance liée à une nouvelle tentative de privatisation de la Française des Jeux. Mais ce serait bien là une coïncidence tout à fait indépendante de leur volonté si au final des intérêts privés s’emparaient du magot…

De l’art ou des dollars ?

Rassurez-vous, il restera toujours des gens avec des moyens suffisants pour faire l’acquisition de ces œuvres inestimables qui finissent par trouver une estimation.
Qui ne se souvient pas de la célèbre réplique de cette grande pièce de théâtre de la Comédie Française qu’est Le Père Noël est une ordure :

– Il avait une valeur inestimable.
– Combien ?
– Inestimable…
– Ah ! Ça fait cher.

Et en parlant d’ordures, nous ne savons toujours pas qui est l’heureux acquéreur de ce Léonard De Vinci vendu cette semaine pour la bagatelle de 450 millions de dollars: un nouveau record de vente pour un tableau. Parfois, l’anonymat a du bon… et du blé.

Tableau Léonard De Vinci
À ce prix là, il aurait pu régler le flou en arrière-plan…

Mieux vaut placer cet argent dans une peinture du maestro que d’en laisser profiter tous ces miséreux qui s’en seraient stupidement servi pour acheter des repas ou payer leur loyer. On voit bien là leurs priorités de consommation basique au lieu de s’émanciper en contemplant le grand art, cette nourriture de l’âme !

Là est la beauté du mécanisme : leur faire croire qu’ils ont une chance de s’en tirer alors que les dés sont pipés dès le départ. Panem et circenses : « Donne au peuple du pain et des jeux et il ne se révoltera pas ».
Il va tout de même falloir faire attention au déséquilibre parce qu’à force de les abreuver de jeux et d’oublier le pain…

Faites tourner la désinfo!
A propos de Patrick Couenne 10 Articles

Animateur radio sur RTL, puis sur France Inter, puis sur Europe 1, puis sur France Inter et de retour sur Europe1. Chroniqueur dans l’émission « C à vous », je suis l’initiateur glorieux de la polémique sur l’ALBA pendant la campagne présidentielle 2017. Grâce à mes interventions d’une neutralité exemplaire et ma conscience professionnelle m’incitant à reprendre tous mes interlocuteurs qui diffamaient la France Insoumise, j’ai contribué activement à l’élection de Jean-Luc Mélenchon au poste suprême. J’attends toujours ses remerciements…

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