Sécurité sociale : le gouvernement veut aller encore plus loin

Les débats autour du projet de loi de financement de la Sécurité sociale ont commencé ce mardi à l’Assemblée nationale. Les mesures présentées par la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, devraient permettre un retour à l’équilibre des comptes pour 2018.

Si certaines pistes comme le développement de la chirurgie ambulatoire avaient été évoquées ces derniers jours dans la presse, force est de constater que les annonces de la ministre ont dépassé les attentes des partisans de la baisse des coûts du système santé. Rappelons qu’Agnès Buzyn, issue de la société civile, est hématologue. C’est donc en experte de la saignée qu’elle a élaboré ce plan de réforme.

La chirurgie ambulatoire pour tous en 2018

Alors qu’elle ne concernait il y a quelques années que des interventions réputées simples comme la chirurgie de la cataracte ou les extractions dentaires, ce mode de prise en charge s’est beaucoup développé. Il s’applique désormais à des opérations plus délicates comme l’appendicectomie ou la pose d’un by-pass pour les personnes obèses.

La volonté du gouvernement est de généraliser ce procédé pour tous. Chaque client (que l’on désignait autrefois par le terme de « patient ») se verra attribuer un volume d’heures d’hospitalisation en fonction de l’intervention à subir. Deux heures pour une greffe de rein, quatre heures pour un triple-pontage coronarien. Il sera toutefois possible pour le client de souscrire à une assurance « complications ». Cette dernière lui permettra de bénéficier de 30 minutes supplémentaires d’hospitalisation en cas de besoin. Tout le monde sera gagnant : les coûts de prise en charge seront significativement réduits et le client regagnera son domicile au plus vite. Il aura alors le plaisir de pouvoir décéder entouré de ses proches ou de sa machine d’accompagnement de fin de vie.

L’auto-intervention dès 2020

Agnès Buzyn a ensuite annoncé vouloir aller encore plus loin avant la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron : la mise en place de l’auto-intervention à partir du 1er janvier 2020.

À cette date, les clients (que l’on désignera alors par le terme d’« auto-chirurgiens ») n’auront plus à se rendre dans un établissement hospitalier. La fermeture progressive de ces derniers est d’ailleurs prévue pour décembre 2019. Après avoir rempli un questionnaire en ligne, l’auto-chirurgien se verra proposer un tutoriel vidéo détaillant précisément les étapes de l’intervention. Il n’aura donc plus qu’à réaliser l’opération sur son propre corps, devant son miroir. Le remboursement partiel des frais d’accès à Internet par la Sécurité sociale est d’ailleurs envisagé par le gouvernement pour les personnes touchées par la flat tax sur les revenus du capital.

L'auto-intervention à domicile

En réaction à ces annonces, les députés de l’opposition n’ont pas manqué de pointer les problèmes que pourraient rencontrer les personnes âgées afin d’effectuer de tels actes avec précision.

Face à ces remarques, la ministre s’est montrée rassurante : les personnes ayant des difficultés au cours de leur auto-intervention pourront faire appel à un conseiller en ligne. En cas d’urgence, un agent du bureau de Poste le plus proche pourrait également être dépêché sur place à la fin de sa tournée postale.

Pour couper court à toute polémique, Agnès Buzyn a finalement évoqué le cas du skipper Bertrand de Broc. Au cours du Vendée Globe 1992, le navigateur avait été obligé de se recoudre lui-même la langue suite à un choc avec une drisse de grand-voile en haute mer. « S’il a réussi à le faire, avec la houle, les embruns qui piquent et si loin d’un bureau de Poste, vous pouvez bien vous enlever une vésicule biliaire confortablement installé sur votre canapé. » Sûrement… À condition de ne pas être trop fainéant…

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A propos de Nathalie Saint-Cirque 2 Articles

Journaliste et responsable du service politique d’une grande chaîne publique de télévision, je suis mondialement connue pour avoir mené avec brio le débat d’entre-deux-tours de l’élection présidentielle 2017.
Fine analyste politique, j’œuvre également en tant que chroniqueuse experte des mouvements sociaux à base rabougrie.
Je rejoins Worldtvdesinfo ;) afin de faire profiter le plus grand monde de la pertinence de mes prises de position… acrobatiques !

2 Comments

  1. euh… la tournure de cette phrase est plus que douteuse ..

     » Il aura alors le plaisir de pouvoir décéder entouré de ses proches ou de sa machine d’accompagnement de fin de vie » laissant penser que c’est un plaisir de décéder.. sic

    il aurait été plus judicieux de dire « il aura le plaisir d’être entouré de ses proches afin de partir plus apaisé » non ? et puis , croyez vous que tout le monde soit entouré ? que deviendront les gens isolés ? qui n’ont plus rien ou personne autour d’eux ? (pas pour vous ça mais je m’interroge quant aux mesures trop sectorisées de cet Etat dictatorial peu enclin à imaginer que certaines personnes sont VRAIMENT seules)

    • Bonjour Kate! merci pour votre commentaire. Pour vous répondre, oui, c’est un plaisir de décéder quand on est un rien et qu’on coûte cher à la société inutilement. Attali le dit si bien, dès qu’on coûte plus cher à la société qu’on ne lui apporte, à quoi bon vivre? Si des riens sont capables de comprendre cela, et de décéder dans la joie de savoir qu’ils seront un poids un moins pour la société, pourquoi les en blâmer?

      De plus, avec la « end of life care machine », les riens peuvent décéder presque pas seuls. On va quand même pas payer des gens pour leur tenir la main. L’heure est à la rationalisation des coûts! Le fric d’abord! L’humain après (éventuellement).

      En espérant avoir répondu à vos interrogations,

      Bien à vous.

      Alain.

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